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Saint Meirieu, priez pour nous

la belle-lettre de Meirieu à Darcos

samedi 31 janvier 2009, par PC

Saint laïque et républicain, quelques jours avant noël, à côté de la crèche qu’il n’a pas manqué d’installer non loin du sapin (lui qui fut un militant catholique), Meirieu se dit… les petits enfants vont arriver et je vais m’ennuyer, il ne me reste plus qu’une chose à faire écrire au sinistre de l’éducation.

Alors, flagorneur et élitiste, pour commencer sa belle lettre, ce grand penseur reconnaît avant tout les qualités personnelles de monsieur le ministre. Evidemment, il le connaît bien puisqu’ils ont écrit un livre à quatre mains [1] :
« j’estimais le professeur, l’humaniste, le lettré et le grand connaisseur de l’Éducation nationale que vous êtes… »
plus loin
« J’ai eu la chance, personnellement, de dialoguer avec vous de manière approfondie »
mais attention (nous tremblons)
« je suis vraiment très inquiet. L’Éducation nationale me semble gravement ébranlée ».

Alors là on se dit c’est grave. Notre fin analyste en effet a pu observer que notre méchant ministre mène une politique uniquement comptable. Il va réduire le nombre de postes, il va abandonner les dispositifs d’aide aux enfants en difficultés. Et en plus, il fait reposer sur les frêles épaules du monde enseignant la responsabilité de l’échec scolaire.

Mais heureusement, il est là pour remettre les pendules à l’heure, car lui il les connaît les véritables difficultés auxquelles sont confrontées les enseignants : « recompositions familiales, difficultés sociales de toutes sortes, surexcitation psychique des enfants chauffés à blanc par le capitalisme pulsionnel, etc. » On appréciera la raison première : la recomposition familiale. Il est évident pour notre pédagogue bourgeois, qu’une tendre bobonne au foyer [2], c’était autre chose que des couples homos avec enfants pour lesquels apprendre à lire serait pécher.

Plutôt que d’assener des propos de comptoirs, nous aurions préféré que notre Pédagogue Médiatique nous explique ce qu’il entend par les difficultés sociales, un euphémisme de plus pour parler d’inégalités de revenus et de domination culturelle, que nenni ! Il préfèrera, avec des trémolos de pasteur évangéliste, nous parler du psychisme des enfants chauffés à blanc (les flammes de l’enfer ne sont pas loin) par le capitalisme pulsionnel (satanées pulsions). On ne dira jamais assez le mal qu’a fait le téléphone portable et les marques à notre jeunesse.

Baste ! Ce nouveau prêchi-prêcha de notre Pédagogue Médiatique n’aurait pas mérité l’attention des edukritikeurs s’il n’avait comme à l’accoutumée continuait son entreprise de récupération apolitique de toutes les figures marquantes de l’éducation, et là, le vil, ce n’est pas à la moindre qu’il s’attaque.Ici lecteur un petit retour à la page du site s’impose.
C’est bien la figure d’Albert Thierry qu’illustre la lettre du prétentieux. Albert Thierry : l’inventeur du concept du « refus de parvenir » ! Figure de syndicalisme révolutionnaire, de la famille de Pelloutier et de Martinet. De ces gens qui parlaient d’une culture prolétarienne, qui doutaient de cette école d’état, qui parlaient d’action directe en pédagogie comme en syndicalisme. Alors merde ! PM se permet de coller la photo à une lettre qu’il adresse à un ministre en fonction (on imagine Albert Thierry écrivant une lettre ouverte au ministre !) pour parler du malaise des enseignants et tout ça, vous pouvez le vérifier, sans jamais parler ou même évoquer l’idée de syndicat : si ça ce n’est pas une entreprise de dépolitisation de l’éducation !

C’est pourquoi, tous les édukriteurs sommons PM de réparer ce scandale et de retirer la photo d’Albert Thierry !

Notes

[1"Deux voix pour une école", aux éditions Desclée de Brouwer

[2Lire à ce sujet la postface de Mme Meirieux au livre qu’il consacre aux devoirs à la maison : c’est à mourir de rire, et c’est sans doute la feuille à conserver de l’immense œuvre de notre PM !

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